Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Cartoon portrayal of an Indigenous man with a speech bubble.

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024, acrylique sur toile, 81,3 x 96,5 cm.

Être Autochtone, de l’artiste cri et métis Kevin McKenzie (né en 1961), s’inscrit dans sa méthode consistant à associer des matériaux et des motifs autochtones à des symboles coloniaux et à des références à la culture populaire. Même si les détails précis de l’œuvre sont limités, celle-ci existe dans un paysage où convergent la peau brute, le tendon, la peau tannée, les matières animales et le perlage, de même que des références au hockey, aux voitures modifiées, aux bandes dessinées et à la culture jeunesse. Ces matériaux culturels deviennent plus que de simples éléments esthétiques : ils sont porteurs d’identité, de mémoire et de résistance. L’expérience vécue de la rupture culturelle causée par le système des pensionnats autochtones n’est pas représentée par des scènes littérales ou un réalisme documentaire, mais par les textures, les formes et les symboles mêmes que McKenzie convoque dans ce qu’il choisit de préserver, de retravailler et de raviver.

Cartoon portrayal of an Indigenous man with a speech bubble.

Kevin McKenzie, Truth and… (Vérité et…), 2022, acrylique sur toile, 81,3 x 96,5 cm.

Présentée dans l’exposition de McKenzie Edge of Seventeen (À l’aube de ses dix-sept ans), Être autochtone est une œuvre profondément autobiographique qui traverse le deuil, la mémoire et l’identité à travers l’héritage persistant du traumatisme des pensionnats, de la culture populaire et de la résurgence autochtone. Le père de McKenzie a survécu au pensionnat de Lebret, et sa mort précoce, alors que l’artiste avait dix-sept ans, a laissé à ce dernier le poids de la perte ainsi que la responsabilité de transmettre ce que son père lui avait enseigné. La peinture devient une plaque tournante de cet héritage émotionnel et culturel — un acte de réappropriation.


Dans Être autochtone, le traumatisme du pensionnat devient générationnel et intériorisé, mais il est aussi une chose a laquelle on se confronte. Le parcours intime de McKenzie, marqué par la perte de son père et par le fait d’avancer sans avoir reçu pleinement ces enseignements traditionnels, fait de l’œuvre le lieu d’une transmission partielle et d’une reconstruction continue. Elle refuse toute fin narrative sans heurts. Elle maintient plutôt en tension l’absence et la présence : l’absence de la voix du père, la présence de ses valeurs, la perte et la mémoire, la blessure et la créativité.


De cette façon, l’œuvre résonne dans le contexte de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) et de l’ère des pensionnats autochtones. Elle incarne l’appel de la CVR à la mémoire, à la transmission de la vérité et à la reconnaissance du traumatisme intergénérationnel. Mais elle va aussi au-delà de ces appels : elle montre ce à quoi la réconciliation peut ressembler du point de vue d’un Autochtone dédié à la régénération. La création d’une identité autochtone contemporaine qui intègre des résonances avec la culture populaire, les formes de la jeunesse, la culture rurale, les influences transnationales et les pratiques ancestrales constitue en soi un acte de résistance.


L’utilisation que fait McKenzie de la culture populaire pour donner voix à ce que les structures officielles ont tenté de faire taire confère à l’œuvre une autre dimension. Honorer la passion de son père pour le hockey, par exemple, ne relève pas de la seule nostalgie. Ce geste rejoint l’importance culturelle du sport comme lieu d’identité et d’appartenance, mais aussi les histoires coloniales qui ont souvent exclu la participation autochtone ou se sont approprié les espaces culturels.


Dans Être autochtone, McKenzie ne propose ni récit victimaire ni résolution triomphaliste. L’œuvre est plutôt vulnérable et créatrice, blessée sans être vaincue. Elle invite le public dans un espace où l’identité se fabrique, où le deuil et la célébration coexistent, et où être Autochtone relève d’un devenir constant plutôt que d’un état figé. Cette peinture constitue un puissant contrepoint aux récits coloniaux. Elle affirme que l’identité autochtone ne peut être effacée et montre comment la mémoire, la perte personnelle, la culture matérielle et la créativité se fusionnent pour créer de nouvelles capacités de survie et d’appartenance.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

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