Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador (Dortoir Yale [pensionnat], North West River, Labrador), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015, photographie numérique, dimensions variables.
Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador, du photographe inuit Barry Pottle (né en 1961), originaire du Nunatsiavut, à Terre-Neuve-et-Labrador, se confronte à la persistance obsédante des histoires de pensionnats et d’externats autochtones au sein de l’Inuit Nunangat. Pottle, qui a vécu dans ce dortoir de 1970 à 1975, place son appareil devant la structure aux fenêtres condamnées par des planches, dont l’ossature demeure marquée par le silence et le froid. Prise des décennies plus tard, l’image constitue à la fois un acte de retour personnel et un témoignage communautaire sur les héritages durables de la scolarisation coloniale dans le Nord.
Le milieu subarctique n’a pas échappé au projet d’assimilation du Canada. Le principe visant à « tuer l’Indien dans l’enfant » s’appliquait aussi aux enfants inuits, retirés de leur famille et placés dans des institutions comme le dortoir Yale. Dans ces espaces, la langue était réprimée, les liens de parenté rompus, et les enfants soumis à la négligence et aux abus. La déclaration de Pottle selon laquelle il a photographié le bâtiment « sachant que je pourrais ne plus jamais revoir cet endroit » souligne à la fois l’urgence et la perte. Le bâtiment peut disparaître, mais ses effets demeurent inscrits dans les corps, les mémoires et les communautés.

Barry Pottle, Awareness (Prise de conscience), 2009, photographie numérique, 40 x 50 cm.
L’image froide saisit plus qu’une ruine architecturale. La neige recouvre le sol, étouffant les sons et effaçant les traces de vie, tandis que les fenêtres closes du bâtiment suggèrent des voix réduites au silence. Pourtant, en documentant cette absence, Pottle affirme une présence : la sienne en tant que survivant et, par extension, celle de toutes les personnes qui ont vécu dans ces écoles. L’œuvre rappelle que l’expérience inuite appartient pleinement à l’histoire plus vaste de la scolarisation en pensionnat, souvent centrée sur les récits des Premières Nations au détriment des réalités inuites.
Sur le plan critique, la photographie de Pottle perturbe la rhétorique de dénouement de la réconciliation. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a reconnu les expériences inuites, mais le redressement systémique a tardé, particulièrement à Terre-Neuve-et-Labrador, où les survivants ont dû se battre pour obtenir une reconnaissance. En retournant au dortoir Yale avec son appareil photo, Pottle met en scène ce que l’on peut appeler un acte de souveraineté visuelle : il recadre une institution coloniale à travers un regard inuit, reprenant l’autorité sur la façon dont son histoire est mémorisée. L’acte de voir, médiatisé par son objectif, transforme le dortoir d’un lieu d’assujettissement en un lieu de témoignage.
Les séquelles des pensionnats et des externats autochtones relèvent non seulement du traumatisme intergénérationnel, mais aussi de la responsabilité intergénérationnelle. L’image de Pottle aborde cette dualité : elle porte le poids de la mémoire tout en s’adressant aux publics futurs, appelés à poursuivre le travail de redevabilité. La photographie devient une archive, refusant l’effacement et exigeant que les récits de dépossession de l’Inuit Nunangat soient inscrits dans les discours nationaux et mondiaux sur la justice.
En définitive, Dortoir Yale est à la fois personnel et politique. L’œuvre pleure ce qui a été pris — la langue, la parenté, la sécurité culturelle —, tout en affirmant la résilience inuite. En se tenant devant la structure en décomposition, Pottle affronte le passé colonial selon ses propres termes, transformant un lieu de silence imposé en une image qui parle. Son travail rappelle que la réconciliation ne peut avancer sans prendre pleinement la mesure des histoires des pensionnats et des externats autochtones inuits, ni sans honorer les survivants dont les témoignages gardent ces vérités vivantes.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007