Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Four framed images of a young man with long hair being subsumed by blue crystals.

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025, impressions à jet d’encre d’archives, perles de rocaille tchèques, chacune 35,6 × 27,9 cm.

Dans Tout est si incroyablement bruyant, l’artiste multidisciplinaire denesuliné Jake Kimble (né en 1994) associe le perlage à quatre photographies d’archive à jet d’encre. Ce jumelage est important : la photographie peut enregistrer une surface et saisir une ressemblance ou un environnement, mais elle ne transmet pas toujours le travail tactile et patient inscrit dans le perlage, souvent chargé d’un poids culturel et symbolique — technique, temps, rituel, identité. En intégrant des perles de rocaille tchèques aux tirages photographiques, Kimble rend visibles le labeur, le savoir-faire et l’histoire artistique qui se trouvent sous ses images ou à leurs côtés. Ici, le perlage « habite » la photographie, obligeant le spectateur à considérer ce qui est présent et ce qui manque. La déclaration de l’artiste selon laquelle il sait « à peine » perler en comparaison des générations précédentes ajoute une distance poignante, un registre presque élégiaque. Elle reconnaît que les savoir-faire, les histoires et les façons de voir sont fragiles, sujets à l’interruption.


Sur le plan visuel, le format de ces tirages de 35,6 x 27,9 cm confère à l’œuvre une certaine intimité. Ces pièces ne sont pas monumentales; leur échelle modeste exige du spectateur qu’il s’en approche. Elle suggère une réflexion personnelle, un dialogue intérieur plutôt qu’une grande déclaration publique. La tension entre l’échelle intime de la forme et le vacarme évoqué par le titre complexifie encore les notions de voix : ce bruit est peut-être émotionnel, historique ou intérieur, plutôt que simplement visuel ou sonore. Le spectateur est contraint à une forme de proximité avec ce « bruit » intérieur, à ressentir la dissonance entre ce dont on hérite et ce que l’on peut activement pratiquer ou manifester.


Sur le plan conceptuel, un dialogue s’établit entre présence et absence, maîtrise et perte partielle. L’œuvre reconnaît que le savoir se transmet, mais pas toujours dans sa totalité; que l’héritage n’est pas statique; et que l’expression artistique consiste aussi à se souvenir de ce que l’on ne possède plus pleinement. Ce faisant, l’œuvre de Kimble résiste à l’idéalisation de la tradition : elle ne prétend pas à une continuité sans faille. Elle compose plutôt avec la tension, la friction et la rupture. C’est une approche plus honnête, et souvent plus résonante, en particulier pour celles et ceux qui naviguent des histoires culturelles mixtes ou interrompues.


Avec Tout est si incroyablement bruyant, Kimble met en scène une métaphore matérielle de ce que signifie porter une lignée de savoir-faire et d’expression tout en n’y ayant qu’un accès partiel. Il aborde les questions de mémoire ancestrale, de transmission culturelle, de fragmentation de l’identité et de tension entre visibilité et perte. L’œuvre se déploie dans les interstices du « savoir » et du « non-savoir », un territoire familier dans de nombreuses pratiques autochtones et diasporiques, mais ici profondément personnel et générationnel.


Tout cela est si incroyablement bruyant nous rappelle que le silence n’est pas l’absence de son, et que l’invisibilité n’est pas l’absence de présence. Le savoir intérieur est une forme de son : peut-être étouffé, peut-être voilé, mais vivant. Le perlage n’est pas simplement décoratif : c’est un véritable battement. La photographie cadre ce qui est là; le perlage désigne ce qui persiste, ce qui aspire, ce qui pourrait encore être pratiqué. Par la convergence de ses médiums, son honnêteté générationnelle et son échelle modeste mais puissante, l’œuvre de Kimble offre une réflexion sur ce que signifie vivre avec des histoires héritées — et vivre avec le retentissement de ce dont nous avons hérité sans pouvoir pleinement le réaliser.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025 - Art Canada