Enfants sous Pliofilm, 1939

Tableau représentant des enfants marchant et jouant dans des sacs en plastique transparents munis de capuches, l'un d'entre eux, vêtu d'un sac en plastique transparent à capuche, flottant au-dessus des autres personnages

Pegi Nicol MacLeod, Children in Pliofilm (Enfants sous Pliofilm), 1939, huile sur toile, 80,5 x 106,7 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Enfants sous Pliofilm mêle un sujet domestique à des matériaux modernes et à une imagerie surréaliste pour créer l’une des représentations de l’enfance les plus imaginatives par Pegi Nicol MacLeod. Le traitement du sujet dans cette œuvre en fait un jalon dans l’œuvre de MacLeod et un superbe exemple de sa capacité à traduire une expérience intime en une vision en résonance avec les préoccupations modernistes.


À la fin des années 1930, MacLeod se tourne vers le thème de l’enfance, prenant pour muse principale sa jeune fille Jane. Comme elle l’écrivait à l’ethnologue Marius Barbeau : « Ma fille Jane est si belle que je suis poussée à la peindre toute la journée, tous les jours ». À l’huile, à l’aquarelle et dans ses carnets de croquis, elle réalise de nombreuses études représentant Jane en train de dormir, de jouer, de lire et même de peindre.

Tableau représentant une femme regardant droit devant elle, sur un fond vert, rose et orange

Henri Matisse, Portrait de Madame Matisse, La raie verte, 1905, huile sur toile, 40,5 x 32,5 cm, Statens Museum for Kunst, Copenhagen.

Dans cette œuvre, plusieurs enfants sont rassemblés sur un trottoir devant une femme coiffée d’un grand chapeau noir, leurs corps partiellement dissimulés par leurs imperméables transparents en Pliofilm. Le centre d’intérêt du tableau est toutefois Jane, représentée comme flottant, telle dans un rêve, au-dessus de cette scène urbaine. Jane porte elle aussi un imperméable en Pliofilm, qui s’enroule autour de ses jambes tordues tandis que la capuche divise son visage en deux, donnant à l’une des moitiés une teinte vert maladif. Cette division chromatique audacieuse rappelle le tableau Portrait de Madame Matisse, La raie verte, 1905, de Henri Matisse (1869-1954), bien qu’ici MacLeod adapte ce procédé pour explorer les effets inquiétants des nouveaux matériaux synthétiques sur le corps fragile d’un enfant. Les imperméables qui flottent au vent et cette étrange transparence confèrent à la composition un caractère surréaliste et futuriste, à la fois ludique et troublant.


MacLeod a avoué l’énorme travail que cette œuvre lui a demandé lorsqu’elle écrit au directeur de la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui Musée des beaux-arts du Canada) H. O. McCurry : « J’ai versé sueur et sang sur un tableau qui parvient pourtant à paraître léger […] Le tableau s’intitule Enfants sous Pliofilm et j’espère sincèrement qu’il vous plaira. C’est mon bébé, vêtu d’une cape de pluie en Pliofilm, qui vole au-dessus d’une rue remplie d’enfants portant des vêtements similaires ».


Bien qu’elle l’ait initialement conçue pour une toile de plus grand format, MacLeod la retravaille en une version plus petite afin de la présenter à la New York World’s Fair de 1939. Le tableau semble avoir fait écho aux thèmes futuristes de l’exposition, qui imaginent un « monde de demain » façonné par l’innovation scientifique, les matériaux de pointe et les nouveaux modes de transport et de communication. Son évocation du vol, combinée à l’utilisation du Pliofilm, un plastique nouvellement mis au point, s’inscrit dans l’esprit futuriste de l’exposition et sa célébration du progrès technologique. À la fois portrait intime de Jane et allégorie de l’enfance moderne, Enfants sous Pliofilm occupe une place à part au sein du modernisme canadien. L’œuvre fusionne l’intime et le technologique, le ludique et l’étrange, révélant ainsi l’originalité de MacLeod dans sa capacité à transformer une expérience privée en une réflexion sur les promesses et les dangers de l’ère moderne.

Galerie

Enfants sous Pliofilm - Art Canada