Le salon de beauté no 1 du CWAC, 1944

Pegi Nicol MacLeod, CWAC Beauty Parlour #1 (Le salon de beauté no 1 du CWAC), 1944, aquarelle sur papier, 63,2 x 48,6 cm, Musée canadien de la guerre, Ottawa.
Le salon de beauté no 1 du CWAC est considéré comme l’une des œuvres de guerre les plus importantes de Pegi Nicol MacLeod, capturant la rencontre entre la féminité et la vie militaire à travers son style résolument moderne. Dans cette aquarelle d’observation minutieuse, une femme est assise, écrivant avec application sur un bloc-notes sous le grand sèche-cheveux conique d’un salon de coiffure – dont les tons d’un bleu profond et de violet s’incurvent au-dessus de sa tête comme un chapeau sculptural. La jupe vert vif de la femme et ses chaussures d’un rouge éclatant, ornées de lanières nouées à la cheville, se détachent sur cette scène par ailleurs plutôt calme. À une époque où la participation des femmes à la vie militaire était souvent perçue comme une remise en cause des rôles traditionnels attribués à chaque sexe, MacLeod a su reconnaître à la fois l’importance et l’invisibilité de leurs contributions.
En 1944, H. O. McCurry de la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui Musée des beaux-arts du Canada) mandate MacLeod de documenter les activités des femmes sur le front intérieur pendant la Seconde Guerre mondiale. Rapidement, MacLeod fait remarquer : « Quelle erreur flagrante que de négliger également les femmes engagées dans les forces armées ». Au cours des deux années qui ont suivi le début de sa mission, elle produit un corpus d’œuvres remarquable qui dépeint la vie de plus de vingt et un mille femmes ayant servi au sein du Service féminin de l’Armée canadienne (connu sous son abréviation anglaise CWAC (Canadian Women's Army Corps). Elle s’est même intégrée aux membres du CWAC à Ottawa et à Fredericton afin de pouvoir immortaliser leur entraînement, leur camaraderie, leur travail et leurs loisirs grâce à son vocabulaire visuel résolument moderne.
Ses peintures ont documenté toute la diversité de la vie militaire, des exercices et des uniformes aux moments de repos et à la routine, offrant ainsi un rare regard sur le service des femmes pendant la guerre. Elle traite ces moments avec la même sensibilité et le même sérieux que d’autres artistes de guerre consacrent aux paysages bombardés, aux scènes de champ de bataille et aux exploits héroïques, comme par exemple le tableau de Charles Comfort (1900-1994), Canadian Armour Passing through Ortona (Les blindés canadiens traversent Ortona), 1944. L’artiste Shary Boyle a noté, à propos de l’œuvre de guerre de MacLeod : « Les tableaux qu’elle a réalisés sur les femmes militaires […] laissaient de côté la propagande, mettaient en avant leur humanité, peignaient ce qu’elle trouvait captivant […] et c’est pour cela qu’elle ne s’est pas fait beaucoup d’adeptes parmi la vieille garde […] On y voit des officières se faisant coiffer, travaillant dans la cuisine, se rassemblant pour danser, téléphonant, marchant au pas et faisant le ménage. Dans leur travail et leur camaraderie, on voit l’éclat puissant de Pegi transparaître à travers leurs yeux ».

Charles Comfort, Canadian Armour Passing Through Ortona (Les blindés canadiens traversent Ortona), 1944, huile sur toile, 102 x 121,9 cm, Musée canadien de la guerre, Ottawa.

Pieter Bruegel l’Ancien, The Peasant Wedding (La noce paysanne), v.1567, huile sur panneau de chêne, 113 x 164 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne.
Le style vif, expressif et moderne de MacLeod se prête parfaitement à la capture de l’esprit de ce moment sans précédent. Comme elle l’a déclaré dans un article pour le magazine Canadian Art, lorsqu’elle tourne son regard vers les cuisines et les réfectoires, elle évoque « un groupe de personnes animées à la Brueghel » – une référence à l’énergie débordante des œuvres de Pieter Bruegel l’Ancien (v.1525–1569) telles que Le combat de Carnaval et Carême, 1559, ou son œuvre plus connue La noce paysanne, v.1567.
La force des peintures de guerre de MacLeod réside dans son utilisation de couleurs vives et de coups de pinceau énergiques pour animer même les tâches les plus banales, conférant à ses sujets une dignité souvent absente des représentations de femmes en temps de guerre. Certains critiques, dont l’historienne de l’art Laura Brandon, ont qualifié la série d’« inégale », observant que « certaines aquarelles manquent de finition, et les compositions semblent souvent mal pensées ». Mais comme l’a conclu Brandon elle-même, « il n’existe aucun autre ensemble de peintures de ce genre dans l’art canadien ».
Galerie

Pegi Nicol MacLeod, Women Cleaning Fish (Femmes vidant du poisson), v.1927

Pegi Nicol MacLeod, Self-Portrait (Autoportrait), v.1928

Pegi Nicol MacLeod, The Log Run (Le flottage du bois), v.1930

Pegi Nicol MacLeod, Montreal Harbour from St. Helen’s Island (Le port de Montréal vu de l’île Sainte-Hélène), 1933

Pegi Nicol MacLeod, School in a Garden (École dans un jardin), v.1934

Pegi Nicol MacLeod, A Descent of Lilies (La descente de lis), 1935

Pegi Nicol MacLeod, Cold Window (Fenêtre froide), 1937

Pegi Nicol MacLeod, Torso and Plants (Torse et plantes), v.1935

Pegi Nicol MacLeod, Children in Pliofilm (Enfants sous Pliofilm), 1939

Pegi Nicol MacLeod, Young Girl at the Window (Jeune fille à la fenêtre), v.1941

Pegi Nicol MacLeod, CWAC Beauty Parlour #1 (Le salon de beauté no 1 du CWAC), 1944

Pegi Nicol MacLeod, Jump Rope (La corde à sauter), v.1945

Pegi Nicol MacLeod, When Johnnie Comes Marching Home (Quand Johnnie rentre à la maison), v.1946