Le port de Montréal vu de l’île Sainte-Hélène, 1933

Tableau représentant le port de Montréal, avec au premier plan une île boisée et un phare, un bateau sur l'eau, et en arrière-plan les grands immeubles de Montréal, tandis que les rayons du soleil percent les nuages

Pegi Nicol MacLeod, Montreal Harbour from St. Helen’s Island (Le port de Montréal vu de l’île Sainte-Hélène), 1933, huile sur contreplaqué, 65,8 x 60,4 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Le tableau Le port de Montréal vu de l’île Sainte-Hélène fait le lien entre les premiers paysages de Pegi Nicol MacLeod et son intérêt naissant pour la modernité urbaine. L’œuvre, peinte lors de ses retours à Montréal au début des années 1930, inscrit le port industriel dans un cadre naturel et illustre la « marque » de son style : fluide, libre et très personnel.


La composition de ce tableau se déploie en trois zones principales. Au premier plan, un paysage de colline met en scène un groupe d’arbres – certains dénudés, d’autres parés de feuilles automnales orange et brunes. Le plan intermédiaire présente un fleuve tranquille, ponctué d’un petit bateau, d’une tour élancée au bord de l’eau et d’un long bâtiment bas de type caserne qui s’étend vers l’eau, guidant le regard de la personne spectatrice vers le paysage urbain au-delà. À l’arrière-plan, de grands bâtiments fantomatiques se découpent sur un ciel rempli d’une masse tourbillonnante de nuages rendus dans des nuances d’orange, de jaune et de bleu.

Tableau représentant deux bateaux de transport dans un port, à côté d'une usine imposante

Adrien Hébert, Le port de Montréal, 1924, huile sur toile, 153 x 123 cm, Musée national des beaux-arts du Québec.

Tableau représentant un pont enjambant une rivière, avec des maisons et des bâtiments de part et d'autre du cours d'eau

Pegi Nicol MacLeod, Harbour Bridge (Pont du havre), v.1933, huile sur contreplaqué, 53,3 x 40,6 cm, collection de Lynda et John Shearer.

Le coup de pinceau de MacLeod est fluide et dynamique, avec des lignes courbes qui suggèrent le mouvement au sein du feuillage et sur le paysage. Les vastes formations nuageuses et les faisceaux de lumière perçant le ciel créent une atmosphère spectaculaire. Dans l’ensemble du tableau, les tons chauds et audacieux de l’arrière-plan, les verts froids du premier plan et le reflet intensément lumineux de la lumière sur le fleuve, au centre de l’œuvre, produisent une juxtaposition saisissante. Une autre version de cette scène, Harbour Bridge (Pont du havre) v.1933, représente le même endroit sous un angle différent, avec une vue vers l’est en direction du Pont du havre (rebaptisé plus tard pont Jacques-Cartier), qui venait d’être achevé.


Contrairement aux scènes portuaires de l’artiste montréalais Adrien Hébert (1890-1967), inspirées du précisionnisme et mettant l’accent sur l’ordre architectural, les coups de pinceau expressifs de MacLeod évoquent la tension entre la nature et l’industrie moderne qui gagne du terrain. Ce sont là des qualités que des contemporains comme Graham McInnes reconnaissent comme étant indéniablement les siennes. McInnes a écrit un jour : « Elle avait une merveilleuse façon de voir le monde sans paupières. Elle pouvait prendre un groupe d’enfants jouant dans une rue d’un quartier défavorisé, un enchevêtrement de bulbes de narcisses dans un pot de fleurs, une vue de Montréal en hiver, enfumée et fumante, depuis l’île Sainte-Hélène au milieu du Saint-Laurent, et y apposer à chaque fois l’empreinte de sa propre personnalité; une série d’images disjointes et tortueuses, jamais à l’aise, pleines d’un enthousiasme bouillonnant ».

MacLeod passe une semaine à travailler sur ce tableau aux côtés de Marian Dale Scott (1906-1993), autre figure clé de la scène artistique montréalaise. La ville joue un rôle important dans le développement artistique de MacLeod : elle y vit pendant ses études à l’École des beaux-arts au début des années 1920 et y revient brièvement en 1931. Elle présente sa première exposition personnelle au grand magasin Eaton’s de Montréal en 1932, réalise dans les années 1930 des illustrations pour les contes populaires canadiens-français publiés par l’ethnologue Marius Barbeau dans le quotidien La Presse, et travaille aux côtés d’artistes telles que Scott et Anne Savage (1896-1971). Mais sa période montréalaise n’a pas été sans difficultés. En 1931, un grave incendie dans son atelier détruit l’ensemble des œuvres qu’elle avait réalisées au cours d’un séjour de six mois dans la ville. Face à cette perte personnelle, l’œuvre Le port de Montréal vu de l’île Sainte-Hélène incarne sa persévérance et sa résilience artistique.

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