Fenêtre froide, 1937

Pegi Nicol MacLeod, Cold Window (Fenêtre froide), 1937, huile sur toile, 122,3 x 69,2 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
Fenêtre froide introduit un procédé compositionnel auquel MacLeod reviendra tout au long de sa carrière : une nature morte florale placée devant une fenêtre, qui fait ici office de seuil entre l’intérieur et l’extérieur, la chaleur et le froid, la vitalité et l’immobilité – un motif qu’elle développera plus tard dans ses peintures représentant son appartement de New York. Réalisée pendant une période de profonde tension personnelle – la même année, MacLeod a subi un avortement – cette œuvre marque un changement notable dans son utilisation de la fenêtre ouverte comme élément pictural chargé de sens. Comme l’a noté l’historienne de l’art Laura Brandon, les peintures de MacLeod de cette période abordent souvent les thèmes de la vie et de la mort.
Si les natures mortes représentant des vases de fleurs ont une longue histoire dans l’art occidental, elles se caractérisent souvent par une immobilité compositionnelle. Les peintures florales de MacLeod, en revanche, sont cinétiques. Elle se représente fréquemment tenant des fleurs dans des œuvres telles que The Slough (Le marécage), 1928, Self-Portrait with Begonia (Autoportrait au bégonia), v.1935, et Pegi with Cyclamens (Pegi avec des cyclamens), 1936, mais Fenêtre froide isole le motif, se concentrant exclusivement sur un vase de fleurs jaunes et blanches. Il s’agit d’une étude approfondie de la nature morte, permettant à MacLeod d’affiner son traitement de la couleur, de la ligne et du mouvement. Les fleurs constituent l’un des sujets les plus accessibles et les plus populaires pour les femmes peintres au Canada, en particulier pendant les hivers longs et rigoureux, et MacLeod les a peintes à maintes reprises, notamment les cyclamens, qu’elle mentionne dans sa correspondance avec Marian Dale Scott (1906-1993).
Fenêtre froide représente un vase de fleurs jaunes et blanches disposées sur un rebord de fenêtre, dont les tiges vertes entrelacées débordent en un enchevêtrement animé. Elles offrent un contraste saisissant avec le paysage urbain statique et hivernal, aux accents cubistes, qui s’étend au loin : arbres dénudés, toits anguleux et bâtiments aux teintes sourdes, rendus dans des gris et des mauves froids. De lourds rideaux, peints à grands coups de pinceau expressifs dans des tons de brun terreux et d’ocre, accentuent encore davantage le jeu entre l’abondance intérieure et la stérilité extérieure. Le coup de pinceau dynamique des fleurs, opposé à la géométrie sobre de la scène urbaine, crée une tension saisissante au cœur de la composition.
Cette exploration de l’espace intérieur et extérieur relie Fenêtre froide à son œuvre antérieure Narcissus (Narcisses), 1931, dont la perspective irrégulière et les couleurs audacieuses rappellent Paul Cézanne (1839-1906), tout en préfigurant les nombreuses vues depuis la fenêtre qu’elle peint durant ses années new-yorkaises. Bien qu’on ignore si MacLeod connaissait le motif récurrent de la fenêtre ouverte dans l’œuvre d’Henri Matisse (1869-1954), la comparaison est éclairante. Alors que Matisse utilise ce procédé pour expérimenter la perspective, MacLeod semble s’en servir comme d’une méditation sur le passage du temps.
Galerie

Pegi Nicol MacLeod, Women Cleaning Fish (Femmes vidant du poisson), v.1927

Pegi Nicol MacLeod, Self-Portrait (Autoportrait), v.1928

Pegi Nicol MacLeod, The Log Run (Le flottage du bois), v.1930

Pegi Nicol MacLeod, Montreal Harbour from St. Helen’s Island (Le port de Montréal vu de l’île Sainte-Hélène), 1933

Pegi Nicol MacLeod, School in a Garden (École dans un jardin), v.1934

Pegi Nicol MacLeod, A Descent of Lilies (La descente de lis), 1935

Pegi Nicol MacLeod, Cold Window (Fenêtre froide), 1937

Pegi Nicol MacLeod, Torso and Plants (Torse et plantes), v.1935

Pegi Nicol MacLeod, Children in Pliofilm (Enfants sous Pliofilm), 1939

Pegi Nicol MacLeod, Young Girl at the Window (Jeune fille à la fenêtre), v.1941

Pegi Nicol MacLeod, CWAC Beauty Parlour #1 (Le salon de beauté no 1 du CWAC), 1944

Pegi Nicol MacLeod, Jump Rope (La corde à sauter), v.1945

Pegi Nicol MacLeod, When Johnnie Comes Marching Home (Quand Johnnie rentre à la maison), v.1946

