Torse et plantes, v.1935

Tableau représentant une femme à demi-nue, vêtue d'une serviette autour de la taille et dévoilant ses seins, tenant un bouquet de fleurs au premier plan

Pegi Nicol MacLeod, Torso and Plants (Torse et plantes), v.1935, huile sur toile, 90,9 x 68,7 cm, Robert McLaughlin Gallery, Oshawa.

Considérée comme une exploration majeure du nu dans l’art canadien des années 1930, l’œuvre Torse et plantes se distingue par sa fusion unique des genres de la nature morte, du portrait et du nu dans une peinture qui remet en question les limites de ces trois genres. À une époque où le nu était un sujet peu courant dans la peinture canadienne, l’expérimentation de MacLeod se démarque par son refus de se conformer à un genre unique. L’œuvre met en évidence la tension entre le corps, la nature et l’acte de représentation.


Le tableau représente le torse de l’artiste, coupé au niveau du cou, peint à l’aide de coups de pinceau anguleux aux couleurs vertes, jaunes, bleues et roses. Assise, un tissu drapé sur les genoux, MacLeod est presque submergée par une masse vibrante de jonquilles, de jacinthes et de tiges de rhubarbe qui se pressent contre le plan pictural. Son corps n’est pas représenté comme un objet passif, mais est au contraire animé par la marque du pinceau, résistant à l’objectivation et générant un jeu incessant entre la figure et la nature. Comme l’écrit l’historienne de l’art Anna Hudson : « Elle se présente comme un nu d’atelier et, ce faisant, inclut l’artiste parmi les objets de la nature morte disposés pour la contemplation esthétique ». Le tableau de MacLeod fonctionne comme une sorte d’autoportrait (bien que sa tête soit manifestement absente), positionnant l’œuvre à la fois comme une étude de l’anatomie féminine et comme une nature morte. Ce tableau ne peut être interprété ni comme un nu idéalisé, ni comme un autoportrait conventionnel, ni comme une simple nature morte.

Tableau représentant une femme nue allongée sur l'herbe, sous un arbre.

Prudence Heward, Girl Under a Tree (Fille sous un arbre), 1931, huile sur toile, 123 x 194 cm, Art Gallery of Hamilton.

Les fleurs et la rhubarbe dominent le centre de la composition, estompant les distinctions entre le corps et la nature. La conservatrice Laura Brandon a avancé que la rhubarbe, connue pour ses propriétés purgatives, est une allusion symbolique à l’avortement subi par MacLeod en 1935, bien qu’il n’existe aucune preuve directe pour confirmer cette interprétation. Néanmoins, la présence de la rhubarbe, un choix plus inhabituel que les fleurs ou d’autres motifs traditionnels de nature morte, invite à une réflexion plus approfondie.


Dans le contexte canadien, l’approche de MacLeod est tout à fait originale. Lilias Torrance Newton (1896-1980) et Prudence Heward (1896-1947) ont également réalisé, dans les années 1930, des nus saisissants, mais leurs œuvres suscitent souvent des réactions mitigées, voire une censure pure et simple, reflétant le malaise du public face à des représentations directes de femmes ou chargées de sens psychologique. Exposée pour la première fois au début de l’année 1936, puis présentée dans le Yearbook of the Arts in Canada, édité par le peintre Bertram Brooker (1888-1955), l’œuvre Torse et plantes illustre la réinterprétation audacieuse du nu par MacLeod, en le mettant de l’avant comme un lieu d’expression personnelle.

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Torse et plantes - Art Canada