Le flottage du bois, v.1930

Pegi Nicol MacLeod, The Log Run (Le flottage du bois), v.1930, huile sur panneau, 59,7 x 59,7 cm, collection privée.
Le flottage du bois est une œuvre qui marque un tournant décisif dans la carrière de Pegi Nicol MacLeod, l’imposant comme l’une des artistes montantes du Canada. Cette petite œuvre peinte à l’huile sur panneau représente une scène dense de forêt au bord de la rivière Gatineau. Elle met en scène des troncs d’arbres sinueux et un feuillage luxuriant dans des tons froids de vert, de bleu, de lavande et de violet pâle, conférant à l’œuvre un caractère onirique, presqu’abstrait. Une rangée de rondins traverse la rivière, faisant écho aux arbres solitaires que l’on retrouve dans des œuvres telles que Jack Pine (Le pin), 1916-1917, de Tom Thomson (1877-1917) ou Stormy Weather, Georgian Bay (Tempête, baie Georgienne), 1921, de F. H. Varley (1881-1969).
Récompensée en 1931 par le prestigieux prix Willingdon, cette œuvre vaut à MacLeod une reconnaissance nationale à une époque où la peinture de paysage était considérée comme l’incarnation de l’identité canadienne. Sa réussite est remarquable : elle s’est imposée face à d’autres candidats de renom, notamment Nan Cheney (1897-1985), Charles Comfort (1900-1994), George Pepper (1903-1962) et F. H. Varley. Ce paysage de jeunesse témoigne de sa capacité à traduire les débats artistiques de son époque en un style personnel distinctif.
Le jeu d’ombres et de lumières dans Le flottage du bois crée une atmosphère dramatique, et bien que la composition fasse écho au type de coup de pinceau et à une partie de la palette popularisés par le Groupe des Sept, le traitement de MacLeod semble plus intime et plus immédiat. En 1951, un critique a souligné ces qualités, observant que « les ombres et lumières habilement exécutées, la perspective précise et les couleurs chatoyantes ajoutent à la beauté de la campagne québécoise ». La composition est animée par ces coups de pinceau audacieux et amples qui allaient devenir une caractéristique du style ultérieur de MacLeod. Ils créent un rythme dynamique sur la toile, tandis que la surface réfléchissante de l’eau capte les ombres des branches en surplomb, renforçant ainsi la profondeur spatiale de l’œuvre.
En 1930, l’esthétique paysagère du Groupe des Sept en était venue à définir le modernisme canadien, et Le flottage du bois s’inscrit clairement dans ce langage visuel par son utilisation audacieuse de la couleur, ses coups de pinceau libres et son cadrage symbolique. Pourtant, ce tableau s’écarte de la représentation plus monumentale de la nature sauvage propre au Groupe. Dans son traitement postimpressionniste de ce tronçon apparemment désert de la rivière Gatineau, MacLeod comprime l’espace pour créer une scène qui semble intime et immersive. Bien qu’elle se soit finalement fait un nom en tant que portraitiste et peintre de figures, cette œuvre paysagère de ses débuts témoigne de son engagement envers les mouvements artistiques de son époque.
Galerie

Pegi Nicol MacLeod, Women Cleaning Fish (Femmes vidant du poisson), v.1927

Pegi Nicol MacLeod, Self-Portrait (Autoportrait), v.1928

Pegi Nicol MacLeod, The Log Run (Le flottage du bois), v.1930

Pegi Nicol MacLeod, Montreal Harbour from St. Helen’s Island (Le port de Montréal vu de l’île Sainte-Hélène), 1933

Pegi Nicol MacLeod, School in a Garden (École dans un jardin), v.1934

Pegi Nicol MacLeod, A Descent of Lilies (La descente de lis), 1935

Pegi Nicol MacLeod, Cold Window (Fenêtre froide), 1937

Pegi Nicol MacLeod, Torso and Plants (Torse et plantes), v.1935

Pegi Nicol MacLeod, Children in Pliofilm (Enfants sous Pliofilm), 1939

Pegi Nicol MacLeod, Young Girl at the Window (Jeune fille à la fenêtre), v.1941

Pegi Nicol MacLeod, CWAC Beauty Parlour #1 (Le salon de beauté no 1 du CWAC), 1944

Pegi Nicol MacLeod, Jump Rope (La corde à sauter), v.1945

Pegi Nicol MacLeod, When Johnnie Comes Marching Home (Quand Johnnie rentre à la maison), v.1946

